Historique de la clinique Sainte-Anne
A l’origine, au XIXe siècle, le «Reibellsgut» ou «Reiwelsguet» était le domaine du général de division Eugène-Louis-Joseph REIBELL
né à Strasbourg en 1796 et qui, après maints brillants commandements et notamment celui de la 4e division de cavalerie de l’armée d’observation à
Strasbourg, vint se retirer, en 1860, dans sa propriété de la Robertsau pour y mourir le 21 octobre 1865. D’un caractère ouvert, d’une humeur
éveillée, Reibell était fort recherché de la Société strasbourgeoise. L’impératrice Eugénie prenait souvent le thé chez lui en compagnie des dames
de sa cour : la Comtesse de POURTALÈS, qui habitait à côté, et Madame REIBELL. Aussi le «Reibellsgut» connut-il de beaux jours sous le second
Empire. Cependant, après 1870, la famille Reibell fut contrainte de vendre leur propriété à une famille allemande du nom de SCHWEIKERT.
Après l’armistice de 1918, la famille Schweikert retourna en Allemagne et la propriété fut mise sous séquestre et finalement acquise et embellie
en 1922 par Théo BERST, architecte connu de Strasbourg. C’était une superbe propriété de plus de deux hectares d’un seul tenant, comprenant :
parc, jardins, potagers et une maison de maître du XVIIIe siècle avec dépendances, logement du personnel, écurie, hangar, etc. Mais plus tard,
Théo BERST construisit une villa près de l’église protestante Saint-Paul. Il chercha longtemps à se défaire de sa propriété de la Robertsau et,
finalement, la vendit à la Société Anonyme de la Clinique Sainte-Anne. Il fut lui-même chargé de dessiner le plan de la clinique.
L’idée d’une clinique privée d’accouchement vient du docteur KELLER de l’Hôpital de Strasbourg. Depuis des années les protestants ont leur
maternité au Diaconat, les juifs à l’Hôpital israélite. Bien des dames catholiques qui ne désiraient pas aller à l’Hôpital Civil de Strasbourg,
n’avaient d’autre solution que de fréquenter l’une de ces deux maternités. C’est ce qu’avait observé le docteur KELLER, gynécologue renommé et
catholique pratiquant, ainsi que plusieurs médecins qui réclamaient cette maternité catholique où ils accepteraient d’y exercer à condition que
la clinique de la Toussaint leur accorde le service de quelques soeurs. Le docteur soumit donc l’idée à Monseigneur RUCH, évêque de Strasbourg,
qui l’approuva et proposa de créer une société anonyme à laquelle la Congrégation des Sœurs de la Charité de Strasbourg participerait afin que
«le gouvernement ne puisse pas y mettre la main à un moment de persécution» (sic).
Suivant l’esprit des protagonistes, la clinique Sainte-Anne devait être un institut d’accouchement destiné surtout à la classe moyenne
de la ville de Strasbourg et du département tout entier. Nul souci, dans ce programme, de faire concurrence à l’Hôpital Civil de Strasbourg dont
les services de la maternité étaient déjà surchargés. En outre, le faubourg de la Robertsau était tout indiqué pour la réalisation de cette œuvre,
de par sa situation favorable, loin des bruits de la ville et des constructions industrielles, mais très proche malgré tout de l’agglomération en
raison de son excellente communication par le tramway. Dans son discours, lors de la pose de la première pierre, Théo BERST rappela un curieux
détail cité comme un présage de bon augure : «Nous avons, disait-il, une preuve d’avoir bien choisi l’emplacement pour un «home» de
sainte Anne, patronne des jeunes mamans. Vous savez que c’est le chevalier Robert Bock qui résida au XIIe siècle à la Robertsau et qui lui donna
son nom. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que ce courageux chevalier était le mari de la brave Duhilde de Koenigshoffen qui ne lui
donna pas moins de vingt enfants. Donc si le climat de la Robertsau se montra déjà si propice à une telle fécondité il y a 700 ans, nous ne
pouvions mieux choisir l’emplacement d’une clinique d‘accouchement !»
La première pierre de la clinique Sainte-Anne fut posée le 5 novembre 1927 et, suivant l’usage, au cours de la cérémonie, un parchemin
officiel fut scellé dans cette pierre ; il contenait ces mots : «La Société anonyme m’a construite en 1927-28 au centre du Parc de l’ancienne
propriété dite «Reibellsgut» comme clinique d’accouchement. Fière d’être érigée par l’initiative privée dans la banlieue de Strasbourg-
Robertsau, je suis destinée à soutenir l’effort de l’Alsace française et à contribuer au redressement et au développement de la France. C’est
sous le gouvernement de M. Gaston Doumergue, Président de la République, M. Raymond Poincaré, Président du Conseil, à l’époque où M. Henri Borromée
était Préfet du Bas-Rhin et M. Jacques Peirotes maire de Strasbourg, et où Monseigneur Charles Ruch était évêque de Strasbourg qu’on m’a érigée
et installée d’après les plans et sous la direction de M. Théo Berst, architecte à Strasbourg. Je dois mon existence à l’activité des membres de
Sainte-Anne, Société anonyme. Vivre en paix pour le bien-être de tous, voilà ma volonté exprimée le 5 novembre 1927, le jour de la pose de la
première pierre.»
Conçue primitivement comme maternité pouvant recevoir cinquante futures mamans, la clinique prend peu à peu un essor magnifique. Vient la
Seconde Guerre Mondiale et l’évacuation. De 1940 à 1944, la clinique sert d’hôpital à la deutsche Luftwaffe. Après le départ des troupes allemandes,
la clinique Sainte-Anne est bombardée et de sérieuses réparations ont été nécessaires. Ce n’est qu’en 1947 qu’elle put à nouveau fonctionner
normalement. Le manque de lit se faisant sentir, le Conseil d’Administration décide de construire un 3ème étage. La Supérieur Générale songe
alors à réaliser un projet depuis longtemps caressé : doter la clinique et le quartier avoisinant d’une très belle chapelle.
La chapelle Sainte-Anne
Le 16 août 1958, la première pierre de la future chapelle Sainte-Anne est posée.
Peu après la bénédiction de la première pierre par Monseigneur MAURER, pierre dans laquelle fut introduit un cylindre métallique contenant le
traditionnel parchemin signé par les personnalités présentes, le ciel voulut, lui aussi, bénir cette pierre en laissant tomber quelques grosses
gouttes de pluie.
Alors que la chapelle est pour ainsi dire terminée, le 5 décembre 1959 a lieu le baptême de la petite cloche nommée «Anne». Après les
prières rituelles, Monseigneur MAURER procède à la purification de la cloche par l’eau et le sel préalablement bénis, puis la bénit par le saint
chrême et l’encens.
Le 13 décembre 1959 se déroule la bénédiction de la chapelle Sainte-Anne : le rituel débute à l’extérieur, sous la neige, par
l’Asperges me. Ce 3ème dimanche de l’Avent, fête de sainte Lucie, prénom que porte également la Mère Supérieure de la clinique Sainte-Anne,
était tout indiqué pour cette cérémonie ainsi que pour la célébration de la première messe. Après l’aspersion des murs intérieurs au chant des
Psaumes, l’Introït de la messe de l’Immaculée Conception permet de découvrir la merveilleuse acoustique de la chapelle.
Les 21 et 22 mars 1960, c’est la consécration de la chapelle. Il s’agit d’une étape importante car ce fut plus qu’une cérémonie, mais un
moment privilégié où Dieu allait prendre possession d’un édifice et permettre aux hommes de le lui consacrer ; moment intense de prière, en
particulier le dimanche lors de la translation des reliques qui seront scellées dans l’autel.
Monseigneur l’évêque conclura son discours par ces quelques mots adressés à l’assistance :
« Ce temple est aussi l’image de nos âmes, pierres vivantes de la grande Église, le vaisseau qui, sans jamais faire naufrage, nous conduira à
Dieu. »
Architecture de la chapelle :
Sur sa forme originale, l’architecte, Monsieur PFIRSCH, donne les explications suivantes : «La nef, dans sa partie large, sera divisée en
trois parties complètement séparées, convergeant toutes vers l’autel ; la partie centrale sera destinée aux fidèles ; d’un côté les religieuses
auront leurs places, et de l’autre, la chorale. Des vitraux longs et étroits représenteront les stations du chemin de croix ; quant au toit, il
sera presque plat, surmonté d’un clocheton dont la forme rappellera la pointe de vos cornettes ».
Les vitraux supérieurs, œuvre de Hans STOCKER, maître verrier suisse, ont été exécutés par la Maison OTT Frères de Strasbourg et
représentent les œuvres de miséricorde.
- En haut à droite, se sont les Œuvres corporelles de miséricorde :
- Donner à manger aux affamés.
- Donner à boire aux assoiffés.
- Vêtir les dénudés, consoler ceux qui pleurent.
- Pratiquer l’hospitalité : accueillir les étrangers.
- Soigner et visiter les malades.
- Visiter et consoler les prisonniers.
- Ensevelir les morts.
- En haut à gauche, se sont les Œuvres spirituelles de miséricorde :
- Indiquer le bon chemin aux pécheurs.
- Instruire les ignorants, enseigner les orants.
- Bien conseiller ceux qui doutent.
- Consoler les affligés.
- Supporter avec patience les injustices.
- Pardonner volontiers à ceux qui nous ont offensés.
- Prier pour les vivants et pour les morts.
Le tableau de la Vierge qui se trouve au fond de la chapelle avait été offert à l'une des sœurs de la Charité. Les documents historiques
de la Congrégation disent : «À Sélestat, sœur Marie-Anne Fahrenbiehler a eu la joie de recevoir le Roi Louis-Philippe. En décembre 1843, il
lui envoya un superbe tableau qui orne encore aujourd’hui le fond de l’autel. Il représente l’Assomption de Marie selon Murillo. Sur une
plaquette de cuivre, on peut lire : don de S.M. Louis-Philippe, 1843. Sœur Marie-Anne Fahrenbiehler repose au cimetière de Sélestat. »
1999 - La nouvelle jeunesse de la Chapelle Sainte-Anne :
À l’automne 1996, les travaux de transformation de la clinique, puis de graves problèmes de sécurité, enfin une indispensable mise en conformité
aux normes de sécurité nécessitent la fermeture de la chapelle durant trois ans. L’importance des investissements financiers et une réflexion
quant à l’utilisation de la chapelle dans le cadre du Projet Pastoral Paroissial de Saint-Louis de la Robertsau expliquent cette longue fermeture.
Car si la chapelle de la clinique Sainte-Anne appartient à la Congrégation des sœurs de la Charité elle ne trouve bien sa place, selon le désir
constant des évêques de Strasbourg, que dans la dynamique paroissiale et pour la servir.
Les entrées de la chapelle ont été refaites, l’escalier principal en particulier, les frontons ont été protégés, les infiltrations traitées,
le jardin défriché. L’électricité et l’éclairage, le plafond et les peintures ont été refaits. L’orgue aussi a connu un relevage (nettoyage et
remise en état). La Congrégation des sœurs de la Charité a réalisé et entièrement financé ces importants travaux. Cependant, le conseil de
Fabrique de la paroisse Saint-Louis de la Robertsau, de même que l’Archevêché de Strasbourg qui sont partenaires de la Congrégation, se sont
engagés à apporter leur quote-part à l’ouvrage.
Le 5 juin 1999, le chanoine François Geissler, curé doyen de la paroisse Saint-Louis de la Robertsau, les sœurs de la Communauté de la
clinique Sainte-Anne avec la Supérieure Générale des Sœurs de la Charité : sœur Denise Baumann et le Groupe Saint-Vincent invitent les paroissiens
à l’eucharistie de fête pour la réouverture après travaux.
Aujourd’hui, la chapelle Sainte-Anne, chère au cœur des robertsauviens, est un signe vivant et heureux de la Bonne Nouvelle annoncée à tous ;
elle est un élément important de la visibilité de la communauté Saint-Louis de la Robertsau dans la partie Nord du territoire paroissial. Les
religieuses qui la font vivre sont au nombre de quatre autour de la Mère Supérieure.
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