Aperçu historique sur
la paroisse Saint-Louis de la Robertsau



Première chapelle

En 1339, le sieur Nicolas SCHWARBER, riche bourgeois de Strasbourg, qui possédait des terres à la Robertsau, fit construire une chapelle pour « ses gens ». Cette chapelle était située sur l’emplacement de l’église protestante actuelle. Dans le vestibule de l’église protestante, le tympan de ce sanctuaire, dédié à saint Georges, est conservé. Il porte cette inscription : « Anno Domini MCCCXXXIX haec capella est constructa per procurationem Nicolai dicti Swarberi. Orate pro eo » (En l’an du Seigneur 1339, cette chapelle fut construite par les soins de Nicolas Schwarber. Priez pour lui).

Les annales mentionnent encore une autre chapelle, érigée en 1358 par le chevalier Othon RIPPELIN sur ses biens-fonds qui s’étendaient entre l’allée Kastner et le canal. En 1856, on a trouvé à cet endroit des pierres taillées qui pourraient provenir d’une chapelle gothique. S’agit-il de la chapelle Rippelin ? On ne peut le certifier.

L’ancienne Robertsau

A cette époque la Robertsau commençait à « la porte des Pêcheurs » - aujourd’hui le bâtiment de la « Gallia » - et se terminait aux confins de la Wantzenau, y compris le hameau du Woerthel qui faisait partie de la Robertsau. A l’Est et à l’Ouest le Rhin et l’Ill formaient ses frontières. Quant à la circonscription ecclésiastique, la Robertsau faisait partie de la paroisse Saint-Etienne de Strasbourg, sauf le quartier qui forme aujourd’hui la Cité de l’Ill et qui dépendait de la paroisse de Bischheim. Par ailleurs, la paroisse de Kehl avait des droits sur les quelques fidèles qui s’étaient fixés près du pont de Kehl.



La paroisse au 14e siècle

En 1358, un vicaire fut nommé pour la Robertsau : pendant la semaine il disait la messe dans la chapelle, et était rémunéré par l’abbaye de Saint-Etienne mais ne demeurait pas à la Robertsau. Sébastien BRANT nous raconte dans ses « Annales » que les gens de la Robertsau désirent un chapelain qui habite parmi eux et demandent à la Ville de Strasbourg un terrain pour la construction d’un presbytère. Mais cette demande ne reçut l’agrément qu’après l’introduction de la Réforme qui mit fin au culte catholique en 1529.

La nouvelle paroisse catholique

En 1681, Louis XIV fait son entrée triomphale à Strasbourg. Il exige la restitution de la cathédrale. En outre, il exige que le chœur de l’église doit être cédé au culte catholique dans chaque commune ou paroisse où se trouvent au moins sept familles catholiques. La Robertsau, comme du reste la ville de Strasbourg elle-même, était à cette époque entièrement protestante. Mais, d’après les indications de l’ « Anmeister » FRÖREISEN, il y avait à la Robertsau, déjà en 1686, un noyau de « nouveaux catholiques » : 7 à 8 familles. Le 26 juillet de cette même année, un père jésuite se présenta à la Robertsau chez l’ « Obermeister » (sorte de maire de quartier) Michel SARBURGER pour s’enquérir, sur « ordre royal », du nombre des « nouveaux catholiques ». L’ « Obermeister » lui répondit qu’il n’en savait rien. Alors le père enquêta lui-même et trouva en effet 7 ou 8 familles catholiques. Les protestants, alertés, envoyèrent sur le champ une députation chez l’Intendant Royal : Monsieur de Louvois, lui demandant de respecter « les libertés religieuses » garanties lors de la capitulation. Le lendemain, 27 juillet, l’Intendant Royal fit savoir aux quémandeurs que sur « ordre supérieur », reçu depuis 15 jours déjà, la première messe, depuis la Réforme, devrait être célébrée à la Robertsau le 29 juillet 1686. En effet, ce jour-là, de bonne heure, le grand prévôt des jésuites se présenta chez le pasteur et l’Obermeister et leur demanda de lui ouvrir l’église. Pendant qu’on aménageait le chœur, un père fit le catéchisme aux enfants catholiques jusqu’à l’arrivée d’autres prêtres. Alors eut lieu la bénédiction de l’église, suivie d’une grand-messe.

Essor de la paroisse

Le nombre des catholiques augmenta d’année en année. En 1700 ils sont 120 pour environ 900 protestants ; en 1760 on en compte 600 pour 1200 protestants, et en 1790 leur nombre est monté à 896 pour 974 protestants.

Cependant, les difficultés, surtout d’ordre matériel, ne manquaient pas. A plusieurs reprises, la construction d’un presbytère catholique fut demandée, mais toujours ajournée, faute de moyens. Le curé ne disposait que de trois chambres. En outre, la Robertsau était une paroisse « royale », c’est-à-dire que le roi la dotait en partie de revenus qu’il tirait des vacances d’abbayes à commende. Le traitement annuel du curé était fixé à 400 florins, mais il ne touchait en réalité que 200 florins.

Cette pénurie et le manque de prêtres séculiers dans le diocèse de Strasbourg expliquent le grand nombre de religieux, surtout capucins, dans la liste des desservants de la Robertsau avant la Révolution. Notons cependant qu’à la veille de la Révolution il y avait une maison d’école et un presbytère catholiques à la Robertsau.

Sous la grande Révolution

A cette époque - de 1762 à 1789 - l’abbé Jean-Georges BURG administrait la paroisse. Il refusa de prêter serment à la constitution civile du clergé et dut s’enfuir pour échapper à l’arrestation. Le gouvernement révolutionnaire le remplaça par le constitutionnel François-Xavier ROSSWEG. Après le concordat, ce dernier fut nommé curé à Aubure (68) où il mourut en 1809. Sous la terreur, un prêtre « réfractaire » : l’abbé François-Xavier SCHITTIG, administrait clandestinement la Robertsau. Il fut ensuite curé de Saint-Louis à Strasbourg et mourut comme tel en 1838. En 1800 nous trouvons comme administrateur l’abbé Joseph Ignace SCHWEIGHÄUSER : avant la Révolution, il avait été bénédictin à Ebersmunster sous le nom de Père Rémigius. Le 29 mars 1802 il quitta la Robertsau et devint le curé de Rosenwiller. Il mourut à Benfeld en 1823.

Après le concordat

De 1802 jusqu’à 1818, l’abbé Léonard FREY Il fut administrateur de la Robertsau qui était, à cette époque, annexe de la paroisse de Saint-Pierre-Le-Jeune, et de 1818 jusqu’à 1823 fut nommé curé auxiliaire. Après lui, l’abbé Georges KARST fut curé pendant deux ans seulement (1823-1825) puis retourna au petit séminaire de Saint-Etienne où il était professeur. Sous son successeur, l’abbé Louis GOUCHERON, la Robertsau est érigée en paroisse de 2e classe le 24 février 1825. La population du faubourg s’est sensiblement accrue entre-temps (plus de 4000 habitants) et la vieille église est devenue trop petite pour contenir tous les fidèles. Presque tous les dimanches, surtout en été, des personnes s’évanouissent faute d’air et sont transportées hors de l’église. Le curé se concerta avec le pasteur, et les marguilliers des deux cultes présentèrent, le 31 octobre 1838, au Maire de Strasbourg une pétition pour l’agrandissement de la vieille église (elle a presque 500 ans) ou pour la construction d’une nouvelle église. Faute de moyens, la ville se Strasbourg n’a pas donné suite à cette pétition.

Après 17 ans de ministère à la Robertsau, le curé GOUCHERON mourut en 1842. L’abbé Georges Auguste KERN lui succéda. Eu égard à la grande dimension de la paroisse : 20 km de circonférence, et au nombre toujours croissant de la population, un vicaire fut adjoint en mars 1838. Pour dégager l’église, un office pour les enfants était célébré chaque dimanche dans une salle d’école. L’abbé Auguste KERN ne resta pas longtemps à son poste. En 1850, à l’âge de 55 ans seulement, il rendit son âme au Créateur et fut enterré dans notre cimetière Saint-Louis.